Voilà bientôt un an que nous sommes arrivés à Montréal et même si ça peut sembler être un lieu commun, je suis impressionné par le contraste Montréalais, virant parfois même au paradoxe.
Chaud / Froid.
Le premier contraste (et le plus connu) c'est la différence de température entre l'hiver et l'été.
Forcément, on ne peut pas dire que ce soit une véritable surprise mais quand même... quand on découvre la ville en été avec les 35 degrés et plus, difficile d'imaginer que le mercure puisse descendre aussi bas en hiver (et vice-versa bien entendu). Le plus rigolo c'est que cet état de fait induit bon nombre des autres contrastes et paradoxes qui suivent.
Américains, mais pas trop...
C'est assez amusant, quand on arrive à Montréal, les premières semaines on se sent vraiment sur le continent Américain : tout est là pour vous le faire sentir que les États-Unis sont à quelques kilomètres, les grandes enseignes, les "centres d'achat", le centre ville avec ses buildings de 30 étages, le "fast-food" à tous les coins de rue, les voitures immenses...
Puis un jour on découvre les deux marchés de la ville (Jean-Talon de préférence pour les Français en mal du pays), on pénètre dans la vieille ville aux accents Bretons, on trouve "son" bistro, sa boulangerie et on se dit que finalement, on s'en sort bien.
Francophones, ou pas...
J'ai déjà parlé de cela sur ce blog, je ne vais donc pas m'étendre à nouveau sur le sujet, cependant il est vraiment fondamental de comprendre que, outre l'accent, le parlé Québécois est vraiment différent du Français. Le plus amusant là dedans c'est qu'ils nous (les Français) reprochent de galvauder notre langue avec entre autres choses de trop nombreux anglicismes alors que eux ne sortent quasiment pas une seule phrase sans mot anglais. Citons parmi les plus populaires: crosser, scrapper, jammé, cute, loose, chill, fun...
Ajoutons à cela les anglicismes tels que "Bienvenue" pour dire "De rien" et on se dit que quand même, dire "parking" ou un "Stop" c'est pas si grave.
Dehors !
Il faut ici préciser que, bien que globalement relativement habitués à la météo locale, les Québécois n'aiment pas le froid. Si ceux qui en ont les moyens fuient généralement l'hiver Montréalais en passant une quinzaine de jours dans le sud, il est assez amusant de voir que, hiver comme été, les Montréalais sont dehors dès que le soleil pointe le bout de son nez.
Il fait -40? Qu'à cela ne tienne, un petit coup de flotte dans le jardin et on fait une partie de Hockey entre amis.
Il fait 30 degrés? Allons sur un lac pour pécher!
Une affaire de saison.
Les Québécois sont fiers d'avoir 4 vraies saisons (s'entend un hiver qui caille pas qu'un peu, un été bien chaud, un automne aux couleurs incroyables et un printemps fleurissant). C'est tellement vrai que même la consommation s'en ressent (c'est du moins ce qui ressort des publicités à la TV), les publicités pour les voitures en hiver montrent des véhicules bravant la neige, le printemps s'accompagne de publicités pour des cabriolets et des motos, pour du matériel de camping, des bateaux, du matériel de jardinage,...
Les activités elles mêmes sont très fortement liées à la saison: Un match de soccer (football pardon) entre amis n'est même pas imaginable de novembre à avril, jardiner en février est une utopie, camper en février est suicidaire et faire du patin à glace en juillet n'a pas de sens.
En un mot comme en cent l'année s'écoule au rythme saisons.
La vie pas chère, quoi que...
Montréal est réputé pour être la ville la moins chère du continent Nord-Américain. Certes. Cependant, tout dépend de son style de vie. Bien entendu, je ne parle pas ici d'un mode de vie fait de sorties et de restaurants à outrance. Ce style de vie est cher dans toutes les villes du monde. Non, ce que j'entends par là, c'est que vivre "à la québécoise" n'est pas très cher, en revanche, dès que l'on commence à acheter des produits d'importation, du vin, des fromages, de la "vraie" charcuterie, du "vrai" pain, la note peut grimper relativement vite.
En d'autres termes : ne pas s'attendre à un coût équivalent entre une poutine avec une bierre Molson et une andouillette à la moutarde de dijon accompagnée d'un verre de côtes-du-Rhone...
Des cordonniers bien mal chaussés.
Voyons la réalité en face, les Canadiens ont inventés le téléphone... et le blackberry. Pourtant, de tous les pays qu'il m'a été donné de visiter, c'est ici que le système de communications est le plus archaïque et les prix sont le plus élevé.
Ici, pas ou peu de lignes enterrées. Si les appels sont gratuits (depuis longtemps) en local, les inter-urbains sont loin d'être offerts, les possesseurs de téléphones mobiles paient les communications entrantes et les SMS reçus et les prix des trios (équivalent local des "box" en France) crèvent le plafond (compter entre 130 et 170$ par mois pour le téléphone fixe, la TV et un Internet digne de ce nom) ! Enfin, la notion d'illimité n'est ici qu'un vague concept, une sorte d'utopie que les Canadiens appellent de leurs vœux avant d'aller se coucher (limite de volume de données pour TOUS les abonnements Internet et Internet sans fil - excepté les offres réservées aux professionnels)
INRI pas tant que ça.
Le Québec a longtemps été une région très chrétienne, l'église y était semble-t-il très présente et puissante, cependant, dans les années 60, il y a eu un fort mouvement de repli qui nous a donné les fameux sacrements (lire insultes) qui font tant rire les Français: Ostie, Tabarnac, Chris,...
Il semble désormais que l'engouement des Québécois pour le religion refasse surface (certains disent depuis les années 70) mais les expressions sont restées (attention cependant, si ça nous fait sourire côté Français, c'est extrêmement vulgaire ici et si vous tombez sur un pratiquant, vous allez au devant de gros ennuis).
Pour conclure, après quelques mois ici, je vois les Québécois comme des personnes pleines de contradictions mais qui semblent globalement le vivre plutôt bien. Ça tombe bien, moi aussi :)